Viscum album — gui
Vivace, appartenant à la famille des Santalacées selon la classification APG, le gui est répandu dans toute l'Europe tempérée, de la péninsule ibérique jusqu'en Russie occidentale et en Asie centrale. Il est commun en France et bien présent en Île-de-France, où il colonise volontiers les vergers, les alignements d'arbres le long des routes, les haies bocagères et les lisières ouvertes.
Autour de Luzarches, le gui est facile à observer dès l'automne et tout l'hiver, quand la chute des feuilles dégage les boules vertes suspendues dans les branches. Les photographies illustrant cette notice montrent des hôtes typiques de la région, notamment des pommiers et des arbres de haie ou de prairie fortement colonisés, parfois au point que la masse des touffes de gui dépasse celle du feuillage de l'arbre porteur. Les bords de chemins agricoles, les haies entre parcelles, les pommiers des anciens vergers et les peupliers des vallées humides comme celle de l'Ysieux constituent des sites d'observation faciles à pied. Le gui est absent des forêts denses, préférant les arbres isolés ou en lisière bien éclairée.
Le gui est une plante hémiparasite, ce qui le distingue d'un parasite complet. Il possède des feuilles vertes persistantes qui lui permettent de photosynthétiser, mais il puise l'eau et les sels minéraux directement dans les vaisseaux conducteurs de son hôte grâce à des suçoirs qui pénètrent le bois jusqu'au xylème. Cette dépendance partielle explique qu'un arbre très infesté finisse par s'affaiblir sensiblement, surtout en période de sécheresse, sans nécessairement mourir. Le gui forme des touffes ligneuses à ramification dichotomique régulière, donnant des boules denses et parfaitement sphériques pouvant atteindre un mètre de diamètre après de nombreuses années. Les tiges sont d'un vert jaunâtre caractéristique, cylindriques, cassantes, portant des feuilles opposées allongées, coriaces, d'un vert terne et sans nervures apparentes, persistant toute l'année.
L'espèce est dioïque, c'est-à-dire que les pieds mâles et femelles sont séparés. Les fleurs, minuscules et jaunâtres, apparaissent en petits groupes aux fourches des rameaux et passent facilement inaperçues. Seuls les pieds femelles fructifient. Les baies sont globuleuses, translucides, d'un blanc laiteux à légèrement nacré, bien visibles sur les photographies rapprochées où la pulpe gélatineuse transparente laisse deviner la graine à l'intérieur. Cette pulpe est extraordinairement gluante, ce qui constitue le principal mécanisme de dispersion. Les grives, notamment la grive draine, avalent les baies et régurgitent les graines ou les éliminent collées à leur bec, qu'elles frottent alors contre les branches pour s'en débarrasser, plantant ainsi la graine dans l'écorce d'un nouvel hôte. La grive draine est si étroitement associée au gui que son nom latin, Turdus viscivorus, signifie littéralement mangeur de gui.
Dans la nature, sa floraison s'étend de février à avril selon les années et l'exposition, mais c'est en hiver, avec les baies mûres bien visibles dans les arbres dépouillés, que le gui est le plus spectaculaire et le plus facile à repérer dans le paysage.
Viscum album reconnaît plusieurs sous-espèces selon l'hôte préférentiel. La sous-espèce album colonise principalement les feuillus, pommiers, peupliers, tilleuls, robiniers et aubépines entre autres. La sous-espèce abietis s'installe sur les sapins blancs et la sous-espèce austriacum sur les pins et les mélèzes. Ces distinctions ont une réalité écologique attestée, les populations vivant sur conifères ne colonisant généralement pas les feuillus et réciproquement. Autour de Luzarches, seule la sous-espèce album est à attendre sur les feuillus.
Le gui occupait une place centrale dans les traditions druidiques gauloises, telles que les décrit Pline l'Ancien au premier siècle de notre ère. La cérémonie de la cueillette du gui sur chêne, réalisée à la faucille d'or le sixième jour de la lune, était réputée hautement sacrée, le gui de chêne étant considéré comme particulièrement rare et puissant. Les druides en faisaient une préparation administrée aux animaux et aux humains comme remède à la stérilité et contrepoison universel. Bien que la valeur historique précise de ces récits soit discutée, ils témoignent d'une relation ancienne et chargée de sens entre cette plante et les peuples d'Europe du Nord et de l'Ouest. Dans la tradition populaire française plus récente, le gui accroché au-dessus des portes au premier de l'an est un usage attesté depuis le Moyen Âge au moins, associé à la protection de la maison et à la chance pour l'année à venir. Les herboristes traditionnels utilisaient les feuilles et les jeunes rameaux en décoction pour calmer les palpitations, régulariser la tension et traiter certaines formes de vertiges, usages transmis dans les campagnes françaises jusqu'au début du vingtième siècle.