Viola reichenbachiana — violette des bois
Vivace, appartenant à la famille des Violacées, la violette des bois est répandue dans toute l'Europe tempérée, des îles Britanniques jusqu'en Russie occidentale et au Caucase. Elle est commune en France et bien représentée en Île-de-France, où les bases de données régionales comme Florif la signalent dans la plupart des massifs forestiers sur calcaire.
C'est une violette franchement forestière, nettement plus exigeante en ombre que Viola odorata. Autour de Luzarches, elle se rencontre à l'intérieur des bois et sous les futaies de la forêt de Chantilly, sur les talus moussus des chemins creux encaissés, au pied des vieux arbres sur humus calcaire. Les photographies montrant des individus isolés ou peu nombreux parmi les mousses, le lierre et la litière forestière correspondent exactement à ce type de milieu, très différent des touffes denses en lisière ouverte que forme habituellement Viola odorata. Elle est absente ou rare dans les milieux découverts.
Contrairement à Viola odorata, elle produit des tiges feuillées dressées portant à la fois les feuilles et les fleurs, sans stolons. La hauteur varie de cinq à vingt centimètres selon les stations. Les feuilles sont cordées, à sinus basal assez ouvert, avec des stipules allongées et frangées bien visibles à la base des pétioles, caractère utile sur le terrain. Le limbe est glabre ou à peine pubescent, plus allongé et moins arrondi que chez Viola odorata, d'un vert plus franc et moins ridé.
Les fleurs sont d'un violet assez soutenu, parfois légèrement bleuté, avec un éperon mince, allongé et de même couleur que les pétales ou légèrement plus foncé, souvent violacé à pourpré. C'est le critère le plus fiable pour la distinguer de Viola riviniana, espèce très proche avec laquelle elle cohabite parfois. Chez Viola riviniana, l'éperon est plus épais, blanchâtre à lilas pâle et nettement plus clair que les pétales. La photographie de profil montrant l'éperon violet foncé et allongé illustre bien ce caractère distinctif. Les nervures sombres sur le pétale inférieur, visibles sur les clichés rapprochés, guident les insectes vers le nectaire.
Dans la nature, sa floraison s'étend de mars à mai dans les bois de plaine de la région parisienne, légèrement plus tardive que celle de Viola odorata dans les mêmes secteurs.
D'un point de vue écologique, la violette des bois est une plante myrmécochore, c'est-à-dire que ses graines sont dispersées par les fourmis, attirées par un appendice huileux riche en lipides appelé élaïosome. Ce mode de dispersion, partagé avec de nombreuses plantes forestières de sous-bois comme les anémones ou les primevères, explique la progression lente mais régulière de l'espèce dans les bois anciens et son absence dans les boisements récents. La présence de la violette des bois est souvent considérée comme un indicateur de forêt ancienne, ce qui lui donne une valeur particulière pour qui cherche à lire l'histoire d'un massif forestier dans sa végétation.