Viola odorata — violette odorante
Vivace, appartenant à la famille des Violacées, la violette odorante est indigène en Europe tempérée et méridionale, en Asie occidentale et en Afrique du Nord. Elle est commune dans toute la France, y compris en Île-de-France où elle figure parmi les premières plantes à fleurir au sortir de l'hiver.
Autour de Luzarches, elle est l'une des violettes les plus faciles à observer dès la fin février ou mars, dans les haies, les talus ombragés, les lisières buissonnantes et les bords de chemins creux. Les photographies montrant des touffes denses en fleurs dans des milieux de lisière semi-ouverte avec mousses et restes de végétation hivernale correspondent exactement aux stations que l'on rencontre le long des chemins forestiers et des haies calcaires de ce secteur. Elle affectionne les sols frais et riches en humus, légèrement calcaires, et supporte aussi bien l'ombre de lisière que les expositions plus ouvertes pourvu que l'humidité soit suffisante.
La plante ne produit pas de tige feuillée dressée. Toutes les feuilles et les pédoncules floraux partent directement d'une souche rampante qui émet des stolons s'enracinant à distance, permettant à la plante de former progressivement des touffes étalées. Les feuilles sont longuement pétiolées, à limbe réniforme à cordé, crénelé, couvert de poils mous sur les deux faces, ce que la photographie de feuille isolée illustre parfaitement avec la surface veloutée et la nervation bien marquée. Au printemps, les feuilles sont encore petites et presque rondes au moment de la floraison ; elles s'agrandissent considérablement après, pouvant atteindre six à huit centimètres de large en été, formant alors un tapis de feuillage dense qui persiste jusqu'à l'automne.
Les fleurs sont portées sur des pédoncules grêles de cinq à dix centimètres, munis de deux bractéoles vers le milieu. La corolle est formée de cinq pétales inégaux, les deux supérieurs dressés, les deux latéraux étalés et le pétale inférieur plus grand prolongé par un éperon court et épais, bien visible sur les photographies rapprochées, de couleur orangée à rougeâtre. La couleur des fleurs est très variable d'un individu à l'autre, comme l'illustre la série de photographies présentée ici, allant du violet foncé presque bleu au lilas pâle presque blanc, avec toutes les teintes intermédiaires. Cette variabilité est habituelle dans les populations sauvages. L'éperon est toujours plus pâle ou blanchâtre, contrastant avec le reste de la fleur. Les pétales latéraux portent à leur base des lignes de nervures plus sombres guidant les insectes pollinisateurs vers le nectar.
Dans la nature, sa floraison s'étend de février à avril dans les stations de plaine de la région parisienne, avec parfois une seconde floraison réduite en automne.
Un trait biologique notable est la production, après la floraison printanière visible, de fleurs dites cléistogames, c'est-à-dire qui ne s'ouvrent jamais et s'autofécondent. Ces fleurs discrètes, portées près du sol sur des pédoncules recourbés, produisent l'essentiel des graines. Elles sont invisibles à l'observation ordinaire mais assurent à la plante une reproduction abondante même quand les conditions ne permettent pas la pollinisation des fleurs normales.
La violette odorante occupait une place ancienne et bien établie dans les usages médicinaux et culinaires. Les fleurs étaient cristallisées dans le sucre ou préparées en sirop, usage attesté de longue date et toujours vivant, notamment à Toulouse où une variété cultivée sélectionnée pour ses fleurs a donné naissance à une confiserie artisanale connue bien au-delà de la région. Les herboristes employaient les feuilles et les fleurs en infusion ou en cataplasme pour calmer les maux de gorge, les toux et les inflammations légères. Les racines, réputées plus actives, entraient dans des préparations émétiques et purgatives, maniées avec précaution. Ces usages sont mentionnés par Bonnier et dans les traités d'herboristerie traditionnelle française.