Vinca major — grande pervenche
Vivace, appartenant à la famille des Apocynacées, la grande pervenche est originaire du bassin méditerranéen occidental et de la région balkanique. Elle est cultivée dans les jardins européens depuis des siècles et s'est naturalisée très largement, au point d'être considérée comme subspontanée à naturalisée dans une grande partie de la France, notamment dans la moitié nord. En Île-de-France, elle est fréquente à l'état échappé, principalement au voisinage des habitations, des parcs et des cimetières d'où elle s'est dispersée.
Autour de Luzarches, on la rencontre typiquement au pied des haies, en bordure de chemins creux proches des jardins et des villages, sur les talus ombragés et dans les lisières buissonnantes où elle forme des nappes denses persistantes. Les photographies présentées ici, montrant des individus en masse dans un milieu de lisière arbustive, correspondent exactement à ce type de station subspontanée, caractéristique des abords de villages dans toute la région parisienne. Sa capacité à coloniser rapidement les sous-bois clairs et les talus ombragés par stolons et tiges rampantes lui permet de s'établir durablement loin de tout jardin.
La plante forme des touffes étalées, avec deux types de tiges bien distincts. Les tiges stériles sont rampantes, s'enracinant aux nœuds au contact du sol, et peuvent atteindre un à deux mètres de longueur, couvrant le sol d'un tapis dense. Les tiges florifères sont dressées ou ascendantes, atteignant trente à cinquante centimètres. Les feuilles sont opposées, ovales à ovales-lancéolées, coriaces, d'un vert sombre et luisant sur la face supérieure, à base légèrement cordée, à marge ciliée, ce que la photographie de feuille isolée montre clairement avec le bord finement frangé de cils visibles à l'œil nu. Cette marge ciliée est l'un des critères qui distingue Vinca major de Vinca minor, dont les feuilles ont un bord lisse.
Les fleurs sont solitaires à l'aisselle des feuilles sur les tiges dressées. Elles sont grandes, nettement plus grandes que celles de Vinca minor, atteignant quatre à cinq centimètres de diamètre. La corolle est formée de cinq pétales asymétriques, tronqués obliquement à leur sommet, soudés à la base en un long tube, d'un bleu-violet lilas assez pâle, s'éclaircissant vers le centre en un anneau blanc autour du tube. Les photographies rapprochées rendent bien compte de ce dégradé du violet périphérique vers le blanc central, avec le stigmate jaune visible au fond du tube. Les sépales sont longs et étroits, nettement ciliés, bien visibles sous les fleurs en bouton sur plusieurs clichés.
Dans la nature, sa floraison s'étend d'avril à juin dans les stations de plaine de la région parisienne, avec parfois une remontée partielle en automne.
La grande pervenche était connue des herboristes et des médecins de campagne comme plante astringente, utilisée sous forme d'infusion ou de décoction dans les saignements de nez, les maux de gorge et certaines affections cutanées. Elle entrait également dans des préparations destinées à arrêter les hémorragies légères. Ces usages sont attestés dans la tradition médicale populaire française et mentionnés par Bonnier, qui note aussi que la plante est réputée vénéneuse à dose élevée, propriété reconnue de longue date par les cueilleurs.
Un trait écologique notable de cette espèce est sa capacité à former des tapis monospecifiques quasi impénétrables dans les milieux ombragés où elle s'installe, étouffant une grande partie de la flore herbacée indigène. Dans les stations subspontanées des environs de Luzarches, comme dans beaucoup d'autres secteurs de la région parisienne, elle est souvent le seul végétal présent en dehors des arbustes, occupant le sol sur plusieurs dizaines de mètres carrés sans laisser place à d'autres espèces.