Vicia cracca — vesce cracca, vesce à épis
Vivace, appartenant à la famille des Fabacées, la vesce cracca est une espèce indigène présente dans toute l'Europe tempérée, de la péninsule ibérique jusqu'en Scandinavie et à travers la Sibérie. Elle est commune dans la quasi-totalité de la France et figure parmi les plantes grimpantes les plus fréquentes des bords de chemins et des lisières herbacées de la région parisienne.
Autour de Luzarches, elle est visible dans les ourlets herbeux des lisières de la forêt de Chantilly, les bords de chemins non fauchés, les haies, les talus enherbés et les friches légèrement humides en bordure de cultures. Elle s'accommode de substrats variés, des terres argilo-calcaires aux sols un peu frais, et forme parfois des populations denses et colorées qui couvrent de larges surfaces sur plusieurs mètres, comme le montrent les premières photographies, prises en pleine lumière rasante de fin de journée.
La plante ne tient pas debout seule. Ses tiges sont longues, anguleuses, grêles, et s'appuient et s'enroulent sur les végétaux voisins grâce aux vrilles ramifiées qui terminent chaque feuille. Ces vrilles sont bien visibles sur la photographie de détail du feuillage, enroulées en spirale à l'extrémité des feuilles pinnées. Les feuilles comprennent de nombreuses paires de folioles étroites, linéaires à lancéolées, d'un vert assez franc, disposées régulièrement de part et d'autre du rachis. Cette architecture pennée à nombreuses paires de folioles étroites, terminée par des vrilles ramifiées, est un bon repère pour reconnaître l'espèce même hors floraison.
Les grappes florales sont portées par un long pédoncule axillaire qui dépasse nettement le feuillage, ce qui permet aux fleurs de s'exposer bien au-dessus de la végétation environnante. Chaque grappe porte un grand nombre de fleurs serrées, toutes insérées du même côté du rachis et orientées dans la même direction, donnant à l'ensemble un aspect unilatéral et dense. La couleur oscille entre le bleu violacé assez soutenu et le violet pourpre, avec l'étendard souvent plus pâle ou légèrement bicolore, blanchâtre dans sa partie centrale, comme on le voit bien sur les photographies rapprochées. Cette bicoloration étendard-ailes est un critère utile, les ailes étant généralement plus sombres, d'un violet bleuté prononcé. La variabilité de teinte entre individus est réelle et visible sur les photographies, certaines grappes tirant vers le bleu pur, d'autres vers le mauve ou le violet rosé.
Les fruits sont des gousses aplaties, allongées, d'un vert vif à maturité avant de noircir en séchant, contenant plusieurs graines. Les photographies de gousses montrent bien leur forme effilée aux deux extrémités et leur insertion groupée sur la tige, pendantes en petits faisceaux.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à août, avec un pic en juin et juillet dans les stations de plaine de la région parisienne.
Comme toutes les Fabacées, la vesce cracca fixe l'azote atmosphérique grâce à des bactéries symbiotiques logées dans des nodosités racinaires, contribuant ainsi à l'enrichissement des sols pauvres. Cette propriété lui permet de coloniser des talus et des friches où d'autres plantes s'installent difficilement. Elle est par ailleurs une ressource mellifère appréciée des bourdons, dont les espèces à longue langue peuvent atteindre le nectar logé au fond du tube floral, inaccessible aux abeilles domestiques dont le appareil buccal est trop court pour cette architecture florale. Les papillons utilisent également la plante comme support de ponte, notamment certains azurés dont les chenilles se développent sur les Fabacées sauvages.
Aucun usage médicinal ou alimentaire traditionnel solide et spécifique à Vicia cracca n'est documenté dans les sources françaises classiques consultées, à la différence d'autres vesces comme Vicia faba cultivée de longue date. La plante était parfois fauchée avec les prairies et consommée par le bétail, mais sans usage particulier qui lui soit propre dans la tradition populaire française.