Verbascum thapsus — molène bouillon-blanc, bouillon-blanc
Bisannuelle, appartenant à la famille des Scrophulariacées, le bouillon-blanc est présent dans toute l'Europe tempérée et dans la quasi-totalité de la France. C'est l'une des plantes sauvages les plus immédiatement reconnaissables du paysage rural et périurbain de la région parisienne, aussi bien par sa silhouette que par la texture de son feuillage.
Autour de Luzarches, on le rencontre sur les sols pauvres, secs à frais, perturbés ou récemment mis à nu. Les bords de chemins caillouteux, les talus exposés, les lisières sèches en bordure de la forêt de Chantilly, les friches sur substrat calcaire et les accotements de routes sont ses stations habituelles. Les photographies illustrent bien cette plasticité, montrant des individus en pleine vigueur sur un talus de chemin calcaire avec des orties et des ronces au fond, mais aussi des plantes rabougries et néanmoins fleuries, coincées dans les interstices d'un affleurement rocheux calcaire, témoignant d'une capacité remarquable à s'installer dans des conditions très contraignantes.
Le cycle bisannuel structure entièrement la façon dont on rencontre la plante. La première année, elle ne forme qu'une rosette basale étalée à ras du sol, imposante et immédiatement repérable. Les feuilles de cette rosette sont grandes, ovales à oblongues, épaisses, d'un vert grisâtre à blanchâtre selon la densité du revêtement, entièrement recouvertes d'un feutrage dense de poils étoilés qui leur donne un toucher de velours ou de flanelle très caractéristique. Ce feutrage est visible à l'œil nu et constitue le premier critère de reconnaissance, même sans fleur. Les feuilles de la rosette peuvent atteindre trente à quarante centimètres de longueur dans les bons sols. La nervure principale est très saillante au revers.
La deuxième année, la tige florale s'élève vigoureusement depuis le centre de la rosette. Elle est robuste, non ramifiée dans la forme typique, couverte du même feutrage blanchâtre que les feuilles, et peut dépasser un mètre cinquante à deux mètres dans les stations favorables. Les feuilles caulinaires sont sessiles, décurrentes sur la tige, c'est-à-dire que leur base se prolonge en deux ailes le long de l'entre-nœud suivant, formant une sorte de couloir continu sur la tige. Ce caractère de décurrence est très net et permet de distinguer le bouillon-blanc de plusieurs autres molènes à la simple observation de la tige. La photographie montrant la plante entière depuis la base illustre parfaitement cette architecture, avec la rosette étalée au sol et la hampe dressée qui s'en échappe.
L'épi floral terminal est dense, allongé, et s'ouvre progressivement de bas en haut sur une longue période. À un instant donné, on voit simultanément des fleurs épanouies dans la partie basse, des boutons encore serrés dans la partie haute, et des capsules déjà formées plus bas encore. Chaque fleur est à cinq pétales soudés à la base, d'un jaune vif et franc, légèrement irrégulière, avec cinq étamines dont trois sont couvertes de poils blanchâtres sur leur filet et deux sont glabres, à anthères orangées. C'est ce détail des étamines, visible à la loupe ou sur photographie rapprochée, qui distingue Verbascum thapsus de certaines espèces voisines. Les boutons encore fermés apparaissent arrondis et entièrement feutrés de blanc, contrastant avec le jaune éclatant des fleurs ouvertes.
Les fruits sont des capsules ovoïdes s'ouvrant en deux valves à maturité, libérant de nombreuses petites graines brunes. Les tiges sèches de l'année précédente peuvent rester dressées tout l'hiver, portant leurs capsules vides, et constituent un repère hivernal facile à identifier dans les friches.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre, avec un pic en juillet dans les stations de plaine de la région parisienne.
Le feuillage du bouillon-blanc a joué un rôle central dans la médecine populaire européenne pendant des siècles. Les grandes feuilles feutrées étaient récoltées en été, séchées avec soin, et utilisées en infusion ou en décoction pour traiter les affections des voies respiratoires, notamment la toux, la bronchite et les irritations de la gorge. On leur attribuait des propriétés adoucissantes et émollientes. Les fleurs étaient également récoltées, macérées dans l'huile d'olive pour préparer des huiles calmantes destinées aux douleurs d'oreilles et aux affections cutanées. Ces usages sont attestés depuis l'Antiquité, mentionnés par Dioscoride et Pline, et ont traversé le Moyen Âge sans discontinuité jusqu'aux pharmacopées populaires françaises du XIXe et du début du XXe siècle. Bonnier mentionne cet emploi traditionnel. La plante figurait encore dans certaines pharmacopées officielles européennes au XIXe siècle.
Un usage plus anecdotique mais bien documenté consistait à tremper la tige sèche dans la graisse ou la résine pour en faire des torches. Cette pratique, attestée dans plusieurs régions d'Europe, a valu à la plante divers noms populaires liés au feu dans différentes langues européennes. La hauteur et la rigidité de la tige sèche s'y prêtaient naturellement.
Sur le plan écologique, les graines du bouillon-blanc sont très petites et peuvent rester viables dans le sol pendant des décennies, germant dès qu'une perturbation du sol les remet en lumière. Cette banque de graines persistante explique l'apparition soudaine et parfois spectaculaire de la plante sur des chantiers, des talus fraîchement décapés ou des chemins récemment élargis, y compris dans des secteurs où on ne l'avait pas vue depuis longtemps.