Veronica chamaedrys — véronique petit-chêne, véronique germandrée
Vivace, appartenant à la famille des Plantaginacées, la véronique petit-chêne est l'une des espèces indigènes les plus répandues d'Europe. Elle est présente dans la quasi-totalité de la France, du littoral aux étages montagnards inférieurs, et figure parmi les végétaux les plus familiers des campagnes tempérées.
Autour de Luzarches, elle est chez elle dans une grande variété de milieux herbeux et semi-ombragés. Les lisières de la forêt de Chantilly, les haies bocagères, les talus enherbés des chemins creux, les prairies fraîches en bordure de l'Ysieux et les pelouses un peu hautes des coteaux sont autant de stations où on peut l'observer sans difficulté. Elle supporte aussi bien les sols légèrement calcaires des plateaux que les terres plus fraîches des fonds de vallée, pour peu que la végétation lui offre un couvert partiel ou un sol non compacté.
La tige est caractéristique dès l'approche. Elle porte deux rangées de poils disposées sur deux faces opposées seulement, alternant d'un entre-nœud à l'autre, comme si la plante avait été brossée en sens contraire. Ce détail, visible à l'œil nu par temps sec, est l'un des critères de reconnaissance les plus fiables de l'espèce et suffit souvent à la distinguer des autres véroniques à port voisin. Les tiges sont rampantes à la base, puis ascendantes, atteignant généralement vingt à quarante centimètres.
Les feuilles sont opposées, ovales à presque cordées à la base, sessiles ou presque, à bord nettement denté-crénelé, de texture un peu rugueuse. Leur aspect rappelle vaguement celui de la germandrée petit-chêne, ce qui a motivé le nom d'espèce chamaedrys, emprunté au grec pour désigner cette ressemblance. Le feuillage est vert moyen, terne, sans éclat particulier.
Les fleurs sont disposées en grappes axillaires lâches, longues et dressées, naissant à l'aisselle des feuilles supérieures. Chaque fleur mesure environ dix à douze millimètres de diamètre, ce qui en fait l'une des véroniques sauvages aux fleurs les plus grandes parmi les espèces indigènes. La corolle est d'un bleu vif, souvent intense, veinée de stries violacées plus sombres, avec le lobe inférieur régulièrement plus pâle ou blanchâtre. Les deux étamines sont bien saillantes. Les pédoncules floraux sont plus longs que les bractées qui les subtendent, contrairement à ce qu'on observe chez certaines espèces voisines. Les fleurs sont éphémères et tombent facilement à la cueillette, laissant les doigts vides presque aussitôt, ce que les enfants ont souvent expérimenté sans vraiment le comprendre.
Les fruits sont des capsules en cœur, échancrées au sommet, mais nettement plus petites et moins largement ouvertes que celles de Veronica persica, couvertes de poils glanduleux.
Dans la nature, sa floraison s'étend de mars à juin, avec un pic en avril et mai, au moment où les lisières et les chemins herbeux de la région offrent leurs premiers tapis de bleu dans l'herbe encore jeune.
La véronique petit-chêne a tenu une place réelle dans la médecine populaire européenne. Ses feuilles et ses sommités fleuries étaient récoltées au printemps et utilisées en infusion ou en décoction pour traiter les affections des voies respiratoires, notamment la toux et les catarrhes bronchiques. On lui prêtait également des vertus dépuratives et on l'appliquait en cataplasme sur certaines affections cutanées. Ces usages sont documentés dans plusieurs herbiers et pharmacopées populaires françaises et germaniques depuis le Moyen Âge, et Bonnier en mentionne l'emploi traditionnel dans sa flore. Le nom de petit-chêne, traduction approximative de chamaedrys, lui a été attaché en partie parce que les plantes qui portaient ce nom ou un nom voisin bénéficiaient d'une réputation ancienne de plantes fortifiantes dans la tradition médicale européenne.
Sur le plan écologique, ses fleurs attirent de nombreux petits pollinisateurs généralistes, abeilles solitaires et syrphes notamment, qui visitent les grappes au fil de leur maturation progressive, assurant une ressource étalée dans le temps au moment où les prairies et lisières commencent à peine à s'éveiller.