Typha latifolia — massette à larges feuilles
Vivace de la famille des Typhacées, la massette à larges feuilles est présente dans toute l'Europe, de la péninsule ibérique aux régions nordiques, ainsi qu'en Asie et en Amérique du Nord. En France, elle est commune sur l'ensemble du territoire partout où des eaux stagnantes ou lentement courantes existent. En Île-de-France, elle est signalée dans la quasi-totalité des départements et figure parmi les hélophytes les plus faciles à reconnaître.
Aux alentours de Luzarches, elle est observable en bordure de l'Ysieux et de ses bras secondaires, dans les mares, les fossés et les zones humides qui ponctuent le territoire entre la plaine agricole et les massifs boisés. Les photographies montrent des colonies bien installées en eau libre, les pieds directement dans l'eau, ce qui correspond parfaitement à son écologie. Elle supporte des hauteurs d'eau allant de quelques centimètres à plus d'un mètre, et forme rapidement des peuplements denses et monospécifiques qui peuvent couvrir de grandes surfaces lorsque les conditions lui sont favorables.
La plante est robuste, atteignant régulièrement cent cinquante à deux cents centimètres, parfois davantage dans les stations bien alimentées en eau. Les feuilles sont longues, rubanées, planes, d'un vert glauque légèrement bleuté, disposées en éventail serré à la base de la tige. Leur largeur, souvent supérieure à un centimètre et pouvant atteindre deux centimètres, distingue cette espèce de la massette à feuilles étroites, Typha angustifolia, dont les feuilles sont nettement plus fines et dont l'épi femelle est séparé de l'épi mâle par un entre-nœud visible. Les photographies d'ensemble illustrent bien ce feuillage abondant et cette stature imposante, qui donne aux colonies une allure de forêt miniature au bord de l'eau.
L'inflorescence est l'élément le plus spectaculaire et le plus immédiatement reconnaissable de la plante. Elle se compose de deux parties superposées sur la même tige. La partie supérieure, l'épi mâle, est brun clair à jaunâtre, plus grêle, et se désagrège rapidement après avoir libéré son pollen. La partie inférieure, l'épi femelle, est beaucoup plus épaisse et dense, d'un brun chocolat profond à maturité, cylindrique, serrée comme un manchon. Chez Typha latifolia, ces deux parties sont contiguës ou très proches, sans espace visible entre elles, ce qui constitue l'un des critères de distinction avec Typha angustifolia. Le gros plan sur l'épi en cours de maturation montre cette structure bipartite avec une grande clarté, la partie mâle déjà en train de virer au brun tandis que la partie femelle est encore verdâtre et compacte.
En hiver et au début du printemps, les épis femelles persistent sur les tiges desséchées. La photographie prise en paysage hivernal montre un épi isolé commençant à s'effriter, libérant ses graines emmaillotées dans une bourre cotonneuse. Les clichés macro sont particulièrement remarquables et montrent deux stades complémentaires. L'un révèle une graine individuelle en train de se disperser, suspendue à son faisceau de poils soyeux comme un minuscule parachute, le fruit lui-même étant un akène fusiforme d'à peine un millimètre, brun foncé. L'autre montre la surface de l'épi en cours de désagrégation, avec des centaines d'akènes encore groupés dans la masse laineuse avant leur envol. Un seul épi peut contenir plusieurs centaines de milliers de graines, toutes dispersées par le vent, ce qui explique la rapidité avec laquelle l'espèce colonise les zones humides nouvellement créées ou perturbées.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à juillet, mais les épis persistent visibles toute l'année sous des formes successives, du manchon vert de l'été au cylindre brun de l'automne puis à la masse cotonneuse de l'hiver.
La massette a été utilisée de longues dates dans des registres très divers. Les feuilles, souples et résistantes, servaient à tresser des nattes, des paniers et des sièges de chaise. La bourre des épis fructifiés garnissait des coussins et des matelas dans certaines régions rurales. Les jeunes pousses tendres et les rhizomes, riches en amidon, étaient consommés cuits dans les périodes de disette, usage attesté en Europe centrale et orientale. Le pollen, abondant au moment de la floraison mâle, était lui aussi récolté et mêlé à de la farine pour la confection de galettes dans diverses traditions populaires européennes.