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Taraxacum sect. Ruderalia

Taraxacum (Ruderalia) Taraxacum (Ruderalia)
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Taraxacum (Ruderalia) Taraxacum (Ruderalia)
Taraxacum (Ruderalia)

Taraxacum sect. Ruderalia — pissenlit commun, dent-de-lion

Vivace de la famille des Astéracées, le pissenlit appartient à un genre réputé pour sa complexité taxonomique. La section Ruderalia regroupe les pissenlits des milieux rudéraux et prairiaux ordinaires, de loin les plus répandus en Europe tempérée. Ces plantes se reproduisent majoritairement par apomixie, c'est-à-dire sans fécondation, ce qui génère une multitude de lignées génétiquement stables que les botanistes spécialisés, les taraxacologues, ont décrites comme autant de microespèces, plusieurs centaines étant reconnues en Europe. Pour l'observateur de terrain, cette subtilité reste imperceptible et le pissenlit se présente partout comme une entité familière et cohérente.

Aux alentours de Luzarches, il est présent absolument partout, des pelouses sèches sur craie aux bords de chemins boueux, des accotements de routes aux prairies humides longeant l'Ysieux, des jardins aux friches en bordure de cultures. Rares sont les milieux ouverts où il est absent. Il colonise aussi bien les sols compactés et pauvres que les terres grasses et profondes, s'adaptant à une gamme de conditions que peu de plantes égalent.

La rosette basale est l'architecture fondamentale de la plante. Les feuilles, toutes issues du collet, sont allongées, à contour très variable selon les individus et les conditions, tantôt à peine ondulées et simplement dentées, tantôt profondément découpées en lobes triangulaires rétrorses qui évoquent une rangée de dents pointées vers la base, image à l'origine du nom de dent-de-lion. Leur face supérieure est lisse et luisante, souvent d'un vert soutenu, la nervure centrale pâle et bien marquée. La tige florale est un pédoncule entièrement creux, glabre, d'un vert parfois teinté de rouge ou de brun selon l'exposition, portant un capitule solitaire. Toutes les fleurs du capitule sont ligulées, ce qui est caractéristique des pissenlits et les distingue des autres jaunes à rosette comme les épervières. Chaque fleur-languette est finement denticulée à son sommet. Le jaune est intense, souvent orangé au centre du capitule, plus pâle en périphérie. Les bractées de l'involucre présentent un détail utile à noter : les bractées extérieures sont réfléchies vers le bas à maturité, ce qui aide à distinguer les pissenlits de certains genres voisins comme Leontodon.

Après la floraison, le capitule se referme le temps que les akènes arrivent à maturité, puis se rouvre pour former la boule blanche familière, sphère parfaite composée d'akènes surmontés chacun d'un fin pédoncule portant une aigrette de soies blanches rayonnantes. La moindre brise suffit à disperser ces fruits légers sur des distances parfois importantes.

Dans la nature, sa floraison s'étend de mars à octobre, avec un pic net au printemps entre avril et mai, moment où les prairies non fauchées peuvent en être entièrement recouvertes.

Le pissenlit a été de tout temps une plante alimentaire et médicinale de premier plan dans les campagnes françaises. Les jeunes feuilles récoltées au printemps, avant la montaison, étaient consommées en salade, souvent accommodées avec des lardons et une vinaigrette chaude dans la tradition culinaire du nord de la France et du Bassin parisien. Les racines, récoltées à l'automne, étaient utilisées comme dépuratif et diurétique puissant, d'où le nom populaire de pissenlit qui ne doit rien au hasard. Les fleurs servaient à préparer des vins et des gelées. Ces usages, transmis sur de nombreuses générations, témoignent d'une connaissance fine des ressources offertes par cette plante à portée de main en toute saison.

Sur le plan écologique, les pissenlits sont parmi les premières plantes à offrir du nectar et du pollen aux insectes pollinisateurs au début du printemps, à un moment où peu d'autres fleurs sont disponibles. Une prairie non traitée et non fauchée trop tôt représente une ressource considérable pour les abeilles sauvages et domestiques, les syrphes et de nombreux autres visiteurs floraux.

Une dernière observation mérite d'être signalée pour qui souhaite regarder de plus près. La diversité des formes foliaires que l'on peut observer d'un pied à l'autre, même sur un petit périmètre, est frappante. Certains individus ont des feuilles presque entières, d'autres profondément laciniées, certains des pétioles très ailés, d'autres presque cylindriques. Cette variabilité visible reflète en partie la réalité microspécifique du groupe, sans qu'il soit nécessaire de chercher à mettre un nom précis sur chaque pied pour apprécier la richesse de ce que l'on a sous les yeux.