Succisa pratensis Moench — succise des prés, herbe du diable
Vivace de la famille des Caprifoliacées, rattachée autrefois aux Dipsacacées, la succise des prés est répandue dans une grande partie de l'Europe, des îles Britanniques jusqu'à la Russie occidentale, et descend vers le sud jusqu'aux montagnes méditerranéennes. En France, elle est présente dans la majorité des régions, plus fréquente dans le nord et l'ouest que dans le Midi. En Île-de-France, elle est considérée comme assez rare et localisée, liée à des milieux de plus en plus fragmentés.
Dans le secteur de Luzarches, la base de données Florif signale sa présence au nord de la commune, dans le secteur du Bois de Bonnet et vers Lamorlaye, avec des carrés indiquant entre dix et vingt observations. Ces milieux correspondent vraisemblablement aux lisières humides, aux clairières et aux prairies plus ou moins hygrophiles que l'on trouve à la frange du massif de Chantilly. La succise affectionne les sols tourbeux ou frais, les prairies maigres non amendées, les landes et les bords de fossés. Elle supporte mal la sécheresse prolongée et les sols calcaires très drainants, ce qui en fait un bon indicateur de prairies traditionnelles peu perturbées.
La plante forme une rosette basale de feuilles lancéolées, entières ou légèrement dentées, d'un vert sombre, persistant une bonne partie de l'année. Les feuilles caulinaires, opposées sur la tige, restent simples et peu découpées, ce qui la distingue nettement de la scabieuse colombaire dont les feuilles de tige sont finement pennatiséquées à segments presque filiformes. Les tiges sont dressées, grêles, légèrement velues, et peuvent atteindre trente à quatre-vingts centimètres selon la richesse du sol et l'ensoleillement.
Les capitules sont hémisphériques à subsphériques, d'un bleu-lilas soutenu, parfois presque violet. Contrairement à Scabiosa columbaria, les fleurons périphériques ne sont pas agrandis et rayonnants, ce qui donne au capitule un aspect plus régulier, plus dense, presque parfaitement arrondi. Cette homogénéité des fleurons est l'un des critères les plus fiables sur le terrain. Les bractées de l'involucre sont bien visibles sur les boutons, herbacées et étalées. Les fruits sont de petits akènes surmontés d'un calice persistant à cinq dents rigides.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juillet à octobre, ce qui en fait l'une des plantes à capitules qui fleurissent le plus tard dans la saison, souvent encore en fleur quand les autres scabieuses sont déjà fanées.
Son nom vernaculaire herbe du diable tient à une ancienne croyance selon laquelle la racine, curieusement tronquée à sa base comme si elle avait été coupée net, aurait été rongée par le diable lui-même. Cette racine présente effectivement une cassure naturelle caractéristique qui intriguait les herboristes anciens. La plante était utilisée en médecine populaire contre les affections cutanées, les dartres et les plaies rebelles, ainsi que dans certaines préparations pour les toux et les inflammations de la gorge. Ces usages, transmis de génération en génération, sont bien attestés dans la littérature ethnobotanique européenne.
La succise est également une plante d'une importance écologique notable pour les papillons de prairies humides. Elle constitue la plante-hôte exclusive des chenilles du damier de la succise, Euphydryas aurinia, papillon aujourd'hui très menacé en France et étroitement lié au déclin de cette plante sauvage. Observer la succise des prés dans le secteur de Luzarches invite donc à regarder aussi autour d'elle, sur ses feuilles et dans les prairies alentour.