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Ophrys apifera

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Ophrys apifera — ophrys abeille

Vivace de la famille des Orchidacées, l'ophrys abeille est l'une des orchidées sauvages les plus facilement identifiables de la flore française. Elle est présente dans une grande partie de l'Europe occidentale et centrale, du bassin méditerranéen jusqu'aux îles Britanniques et au sud de la Scandinavie. En France, elle se rencontre dans presque tous les départements, avec une préférence marquée pour les substrats calcaires. En Île-de-France, les données Florif confirment sa présence dans le Val-d'Oise, notamment sur les coteaux et les pelouses calcicoles.

Autour de Luzarches, c'est sur les coteaux calcaires exposés au soleil que l'ophrys abeille a le plus de chances d'être observée, dans les pelouses rases et les ourlets herbeux peu entretenus où la végétation n'est pas trop dense. Les talus ensoleillés en bordure de chemins agricoles, les lisières ouvertes et les clairières herbeuses à sol mince constituent également des milieux favorables. La plante apprécie les sols pauvres, bien drainés et légèrement piétinés, qui limitent la concurrence des graminées envahissantes. Elle peut apparaître de façon sporadique et inattendue, y compris sur des terres récemment perturbées où le calcaire affleure.

La plante dépasse rarement 40 à 50 centimètres de hauteur, souvent moins. La tige est grêle, dressée, portant à sa base une rosette de feuilles lancéolées d'un vert glauque assez caractéristique, couchées ou dressées selon les conditions, nervurées et légèrement brillantes. Les feuilles caulinaires, plus petites, gaines la tige progressivement vers le haut. L'ensemble de la plante est sobre et discret hors floraison, ce qui rend le repérage préalable délicat.

Les fleurs sont ce qui distingue immédiatement cette orchidée de toutes les autres plantes de nos régions. Chaque fleur comprend trois sépales étalés, roses à lilas pâle, parfois presque blancs, qui forment un arrière-plan lumineux bien visible. Les deux pétales latéraux sont courts, veloutés, brunâtres à verdâtres, nettement plus petits que les sépales. Le labelle, pièce centrale de la fleur, est la réplique saisissante d'un abdomen de bourdon ou d'abeille femelle : bombé, brun sombre à brun acajou, recouvert d'un duvet dense et soyeux, orné de motifs en miroir d'un jaune verdâtre aux reflets bleutés, souvent décrit comme une tache en W ou en H selon les individus. Au sommet, le gynostème forme une structure jaune verdâtre recourbée vers l'avant, rappelant une tête d'insecte, avec de petits appendices latéraux qui évoquent des antennes. Les fleurs sont portées en épi lâche de 3 à 10 fleurs, s'ouvrant de bas en haut. La variabilité des motifs d'un individu à l'autre est frappante, comme en témoignent les photographies réunies ici.

Dans la nature, sa floraison s'étend de mai à juillet.

L'ophrys abeille est au cœur de l'une des histoires naturelles les plus singulières de la botanique européenne. Chez la plupart des ophrys, la fleur imite visuellement et olfactivement une femelle d'insecte, attirant le mâle qui tente de s'accoupler avec elle et assure ainsi la pollinisation sans que la fleur produise le moindre nectar. Cette tromperie sophistiquée, que les botanistes appellent pseudocopulation, est documentée chez plusieurs espèces du genre. Ophrys apifera présente cependant une particularité remarquable parmi les orchidées d'Europe du Nord : elle se reproduit très fréquemment par autofécondation. Les masses polliniques, au lieu d'être emportées par un insecte, tombent d'elles-mêmes sur le stigmate au terme d'un mouvement progressif. Cette autonomie reproductive lui permet de se maintenir et même de coloniser de nouveaux sites sans dépendre d'un pollinisateur précis, ce qui explique en partie ses apparitions parfois surprenantes dans des endroits inattendus.

Comme toutes les orchidées indigènes, l'ophrys abeille est protégée en France par la loi. Elle ne doit en aucun cas être cueillie, déterrée ou perturbée. Sa présence sur un site est un indicateur précieux de la qualité écologique d'un milieu calcaire.