Ononis repens — bugrane rampante
Vivace de la famille des Fabacées, la bugrane rampante est répandue dans la majeure partie de l'Europe occidentale et centrale, des îles Britanniques jusqu'aux Balkans. En France, elle est présente sur l'ensemble du territoire, avec une nette préférence pour les régions à substrat calcaire. En Île-de-France, elle est signalée régulièrement sur les coteaux secs et les pelouses calcicoles, ainsi que dans les friches et les bords de chemins des zones agricoles.
Autour de Luzarches, la bugrane rampante trouve ses conditions favorites sur les coteaux calcaires exposés au sud, les talus pierreux, les pelouses sèches et les bords de chemins empierrés. Les affleurements calcaires qui ponctuent le paysage entre la vallée de l'Ysieux et les hauteurs boisées constituent des habitats de choix. Elle supporte volontiers les sols pauvres, caillouteux, bien drainés, et résiste à une sécheresse estivale marquée grâce à ses racines profondes et pivotantes.
Le port est étalé à décombant, rarement vraiment dressé. Les tiges ligneuses à la base s'allongent et rampent ou s'appuient sur la végétation voisine, formant des touffes lâches et enchevêtrées pouvant couvrir une surface notable. La hauteur reste modeste, généralement entre vingt et cinquante centimètres selon les conditions. L'ensemble de la plante est couvert d'une pubescence dense et glanduleuse qui lui confère un aspect grisâtre velouté au toucher et une légère viscosité. Les feuilles sont trifoliolées, à folioles ovales, finement denticulées sur les bords, avec des stipules bien développées engainant la tige. Les tiges portent des épines courtes et robustes, transformées à partir de rameaux lignifiés, qui rendent la plante désagréable à saisir à mains nues. Ce caractère épineux, variable selon les individus, constitue l'un des traits les plus immédiatement perceptibles sur le terrain.
Les fleurs sont typiquement papilionacées, rose vif à rose lilas, avec un étendard large parcouru de nervures plus sombres bien visibles, ce qui leur donne un aspect strié caractéristique. Elles sont solitaires ou groupées par deux à l'aisselle des feuilles et se succèdent le long des tiges sur une longue période. Le calice est tubuleux, velu, à dents étroites et allongées. Le fruit est une gousse courte, ovoïde, peu saillante hors du calice persistant, contenant un petit nombre de graines. Ces gousses, relativement petites et peu voyantes, sont souvent difficiles à repérer parmi le feuillage dense.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre.
La distinction entre Ononis repens et Ononis spinosa, la bugrane épineuse, est une question récurrente sur le terrain et dans les flores. Les deux espèces partagent beaucoup de caractères et s'hybrident, ce qui complique les déterminations. De façon générale, Ononis repens présente des tiges plus étalées ou décombantes, des épines moins abondantes et moins développées, et une ligne de poils continue tout autour de la tige, tandis qu'Ononis spinosa tend à être plus dressée, plus épineuse et à présenter deux lignes de poils opposées sur la tige. Ces critères, issus des flores classiques, demandent une observation attentive et ne sont pas toujours tranchés sur des individus intermédiaires.
La bugrane était connue dans les savoirs paysans sous le nom d'arrête-bœuf, surnom qui évoque la robustesse de ses racines pivotantes profondes et ligneuses, capables de résister au passage de la charrue et d'immobiliser les attelages. Ce nom populaire, largement documenté dans la littérature botanique ancienne, témoigne de la familiarité des agriculteurs avec cette plante jugée envahissante dans les terres cultivées. Ses racines étaient par ailleurs employées dans la médecine traditionnelle pour leurs vertus diurétiques, notamment dans les affections des voies urinaires, un usage attesté dès l'Antiquité et repris dans de nombreuses pharmacopées populaires européennes jusqu'au début du vingtième siècle.