Onopordum acanthium — onopordon acanthe, chardon aux ânes
Bisannuelle de la famille des Astéracées, l'onopordon est présent dans la majeure partie de l'Europe, de la péninsule ibérique jusqu'en Asie centrale. Son aire d'origine est probablement méditerranéenne et eurasiatique, mais il s'est naturalisé bien au-delà, y compris en Amérique du Nord où il est considéré comme une mauvaise herbe envahissante dans certaines régions. En France, il est répandu sur l'ensemble du territoire, plus fréquent dans les zones agricoles et les milieux perturbés des plaines que dans les régions montagneuses. En Île-de-France, il reste relativement commun, signalé dans les zones de grandes cultures et les marges des agglomérations.
Autour de Luzarches, l'onopordon s'observe principalement en bordure de champs, sur les talus, dans les friches et les terrains vagues, aux abords des voies de communication et des zones habitées. Il affectionne les sols remaniés, bien exposés, souvent riches en azote, et supporte sans difficulté les substrats compactés ou pierreux. Sa présence est souvent liée aux activités humaines, ce qui en fait un compagnon fidèle des espaces agricoles et des marges urbaines du Val-d'Oise.
C'est une plante de grande taille, parmi les plus imposantes de la flore sauvage locale. La première année, elle forme une rosette basale majestueuse, à grandes feuilles étalées sur le sol, qui peut atteindre un mètre de diamètre dans de bonnes conditions. Ces feuilles sont profondément lobées, à lobes triangulaires armés d'épines robustes jaunes à la pointe, et recouvertes sur les deux faces d'un tomentum blanc laineux dense qui leur donne une couleur gris-vert caractéristique, presque argentée sous certaines lumières. Ce revêtement cotonneux est l'un des traits les plus immédiatement frappants de la plante, visible de loin sur une rosette au sol comme sur une tige en fleurs.
La deuxième année, la tige florale s'élève rapidement, souvent entre un mètre et deux mètres, parfois davantage sur des sols fertiles. Elle est robuste, creuse, et présente un caractère tout à fait distinctif parmi les chardons de notre flore : elle est ailée sur toute sa longueur, c'est-à-dire que les feuilles caulinaires se prolongent le long de la tige sous forme de bandes foliacées épineuses continues, donnant à l'ensemble un aspect architecturé et hérissé que l'on ne peut confondre avec aucune autre espèce locale. Ces ailes sont elles aussi couvertes du même duvet laineux blanc et armées d'épines jaunes. La ramification intervient dans la partie supérieure de la tige, chaque rameau se terminant par un capitule solitaire.
Les capitules sont globuleux, volumineux, de trois à cinq centimètres de diamètre, entourés de bractées à pointe épineuse étalées ou recourbées. Les fleurs tubulées sont d'un violet pourpre vif, très lumineux, dépassant largement le réceptacle aplati au sommet duquel elles s'insèrent. Cette couronne de fleurs tubulées violettes au-dessus d'un involucre cotonneux et épineux constitue une image facilement mémorisable sur le terrain. Les fruits sont des akènes surmontés d'un pappus de poils plumeux blanchâtres qui se dispersent au vent à maturité.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juillet à septembre.
Le tomentum blanc laineux qui recouvre la plante n'est pas un simple ornement. Il joue un rôle dans la régulation thermique des tissus, en réfléchissant une partie du rayonnement solaire et en limitant l'évaporation, ce qui permet à la plante de prospérer sur des sols secs et chauds en plein été. Ce feutrage laineux était jadis collecté et utilisé comme amadou ou comme matériau pour allumer le feu, un usage attesté dans plusieurs traditions rurales européennes. La plante portait d'ailleurs autrefois des noms populaires évoquant cette matière cotonneuse, comme chardon laineux ou chardon ouaté selon les régions.
Le nom de chardon aux ânes, bien établi dans la tradition française, renvoie à l'appétence que les ânes manifestent pour cette plante malgré ses épines redoutables. Il semble que ces animaux sachent frotter les capitules au sol pour en casser les épines avant de les consommer, un comportement observé et rapporté par plusieurs auteurs anciens. L'onopordon fut aussi employé en médecine populaire, notamment comme sudorifique et dans le traitement de certaines affections cutanées, des usages transmis dans les campagnes françaises jusqu'au dix-neuvième siècle au moins.