Oenothera biennis — onagre bisannuelle, onagre commune
Bisannuelle de la famille des Onagracées, originaire d'Amérique du Nord, Oenothera biennis est naturalisée en Europe depuis le dix-septième siècle. Elle fut introduite en premier lieu dans les jardins botaniques européens, celui de Padoue notamment, avant de s'échapper et de coloniser progressivement les milieux ouverts perturbés du continent. En France, elle est aujourd'hui largement répandue, plus fréquente dans les plaines et les vallées que dans les zones montagneuses. En Île-de-France, elle est commune et signalée dans de nombreuses communes, y compris dans le Val-d'Oise.
Autour de Luzarches, l'onagre se rencontre sur les terrains remaniés, les bords de routes et de voies ferrées, les talus sablonneux, les gravières, les friches et les décombres. Elle apprécie les sols secs à frais, bien drainés, souvent sableux ou graveleux, pauvres en matière organique. Les abords de l'Ysieux, les lisières ouvertes et ensoleillées, les bords de chemins empierrés et les anciennes zones d'extraction de matériaux constituent des habitats typiques dans ce secteur. Elle s'installe volontiers là où le sol a été mis à nu, ce qui en fait une pionnière fidèle des marges perturbées.
La première année, la plante se présente sous la forme d'une rosette basale dense, à grandes feuilles oblongues-lancéolées, légèrement ondulées sur les bords, d'un vert mat avec une nervure centrale souvent blanchâtre ou rosée. Cette rosette, appliquée au sol, peut atteindre une trentaine de centimètres de diamètre et passe facilement inaperçue parmi d'autres végétaux. La deuxième année, la tige florale s'élève rapidement et peut dépasser un mètre cinquante dans de bonnes conditions, parfois deux mètres sur sols frais et riches. Cette tige est robuste, dressée, souvent rougeâtre dans sa partie inférieure, couverte de poils courts étalés, et porte des feuilles alternes de taille décroissante vers le sommet.
Les fleurs sont grandes, à quatre pétales larges, d'un jaune vif et lumineux, légèrement translucides, qui s'ouvrent en fin de journée ou à la tombée de la nuit. Ce comportement nocturne est l'un des traits les plus remarquables de l'espèce. Les fleurs s'épanouissent successivement depuis la base de l'épi vers le sommet, et chaque fleur ne dure qu'une nuit, se flétrissant dès le lendemain matin. Le tube floral est long, soudé à l'ovaire infère, et le pistil se termine par un stigmate en croix caractéristique, bien visible au centre de la fleur. L'odeur est légère, sucrée, surtout perceptible le soir. Les fruits sont des capsules allongées, cylindriques, à quatre valves, contenant de nombreuses petites graines anguleuses dispersées par le vent ou les passages d'animaux.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre, avec un pic en juillet et août.
La pollinisation nocturne de l'onagre est assurée principalement par des sphinx, lépidoptères crépusculaires et nocturnes à longue trompe, particulièrement adaptés à l'architecture florale de la plante. Ce lien entre la fleur et son pollinisateur constitue un exemple classique de coévolution évoqué dans de nombreux ouvrages d'écologie florale, même si d'autres insectes nocturnes participent également à cette pollinisation.
L'onagre a joué un rôle notable dans l'histoire de la génétique. Au début du vingtième siècle, le botaniste hollandais Hugo de Vries utilisa des populations d'Oenothera pour formuler sa théorie des mutations, observant des variations héritables d'une génération à l'autre. On sait aujourd'hui que ces variations particulièrement fréquentes dans le genre Oenothera sont liées à un système chromosomique complexe et inhabituel, mais les travaux de De Vries sur ces plantes contribuèrent à renouveler la réflexion sur l'évolution et l'hérédité à une époque où les travaux de Mendel étaient à peine redécouverts.
Dans les savoirs traditionnels, les racines de l'onagre, charnues la première année comme celles d'une carotte, étaient consommées cuites en Europe sous le nom de jambon du jardinier ou de raiponse, et les jeunes feuilles de rosette étaient parfois mangées en salade. Ces usages alimentaires, attestés dans plusieurs régions d'Europe dès le dix-huitième siècle, témoignent d'une familiarité ancienne avec cette plante venue d'ailleurs, rapidement adoptée par les populations rurales qui l'avaient vue s'installer dans leurs paysages.
Le groupe Oenothera biennis au sens large regroupe en réalité plusieurs taxons proches, difficiles à distinguer sans examen attentif, et la détermination précise au niveau spécifique ou sous-spécifique reste délicate même pour les botanistes expérimentés. Dans le cadre d'une observation de terrain ordinaire autour de Luzarches, le nom d'Oenothera biennis peut être retenu comme appellation de référence pour les grandes onagres jaunes à floraison nocturne des milieux perturbés, en gardant à l'esprit que la réalité taxonomique du groupe est plus complexe.