Cardamine pratensis
Répandue dans toute l'Europe tempérée, de la péninsule ibérique jusqu'en Scandinavie, la cardamine des prés est l'une des crucifères les plus familières des prairies humides de plaine. Elle reste commune en France dans les zones où les prairies n'ont pas été drainées ou retournées, mais elle se raréfie là où l'agriculture intensive a transformé les vallées alluviales.
Autour de Luzarches, c'est une plante que l'on peut rencontrer sans grande difficulté au printemps dans les prairies fraîches à humides de la vallée de l'Ysieux, sur les berges enherbées, les fossés non curés et les zones de prairie de fauche encore préservées. Les photographies montrent des populations denses dans une prairie humide, mêlées aux pâquerettes, ce qui correspond bien aux cortèges végétaux que l'on peut observer dans ce type de milieu à la fin du printemps.
Le port est dressé, assez élancé, entre vingt et cinquante centimètres selon les conditions. Ce qui frappe d'abord au printemps, c'est la floraison en masse, qui peut couvrir de larges surfaces d'un rose lilas délicat, presque mauve par temps couvert, plus pâle sous le soleil. Les fleurs, grandes pour une crucifère, ont quatre pétales bien développés, larges et arrondis, d'un rose tendre veiné de lilas, avec des étamines à anthères jaunes qui tranchent sur le fond clair. Les boutons, d'un violet plus soutenu, sont bien visibles au sommet de la grappe avant l'épanouissement.
Le feuillage est pennatiséqué, mais avec des différences nettes entre les feuilles basales et les feuilles caulinaires, ce que les photographies illustrent bien. Les feuilles de la rosette ont des folioles arrondies à réniformes, crénelées, d'un vert mat légèrement glauque, assez coriaces. Les feuilles de tige portent des folioles bien plus étroites, presque linéaires, ce qui donne à la plante un aspect différent selon l'endroit où on l'observe. Cette hétérophyllie est un bon critère de reconnaissance une fois qu'on l'a repérée.
Dans la nature, sa floraison s'étend d'avril à juin, avec un pic en avril-mai dans la région parisienne, au moment où les prairies humides se couvrent également de populages et de coucous.
La cardamine des prés possède une particularité botanique remarquable : elle peut se reproduire végétativement à partir de ses feuilles. Lorsqu'une feuille tombe sur un sol humide, les folioles sont capables de produire de nouvelles plantules à leur base. Ce mode de multiplication, rare chez les crucifères, contribue à expliquer les populations parfois très denses que l'on observe dans les prairies favorables.
L'espèce est également connue sous le nom populaire de cresson des prés, en raison d'une saveur légèrement piquante comparable à celle du cresson de fontaine. Ses feuilles et ses fleurs sont comestibles et ont été utilisées en salade dans plusieurs traditions rurales européennes. Les fleurs, particulièrement décoratives, servent aussi à garnir des préparations culinaires, usage attesté et sans risque de confusion dangereuse dans ce milieu.
Elle est fréquemment visitée par les premières abeilles et bourdons de la saison, ainsi que par l'aurore, Anthocharis cardamines, papillon dont la chenille se développe exclusivement sur des Brassicacées et dont le nom même évoque le genre Cardamine.