Capsella bursa-pastoris
Capsella bursa-pastoris — le bourse-à-pasteur — est une annuelle ou bisannuelle de la famille des Brassicacées, présente dans toute l'Europe et sur tous les continents, à l'exception des régions polaires et des déserts chauds. C'est l'une des plantes les plus répandues au monde, compagne indissociable des sols remués par l'homme depuis des millénaires.
Autour de Luzarches, elle pousse partout où la terre est travaillée ou piétinée, sans la moindre sélection : bords de chemins graveleux, marges de cultures, jardins, décombres, pieds de murs, fossés à demi secs. Elle tolère des sols très variés, calcaires ou non, pourvu qu'ils soient un minimum ouverts à la lumière. On la rencontre aussi bien en pleine campagne qu'aux abords du bourg, le long des rues peu fréquentées ou dans les espaces verts délaissés. Elle n'est pas inféodée aux milieux humides, mais supporte sans peine les bords de l'Ysieux quand la berge est dégagée.
La plante forme d'abord une rosette basale appliquée au sol, souvent persistante en hiver, aux feuilles profondément découpées en lobes inégaux, légèrement velues, d'un vert gris mat. Cette rosette peut rappeler à première vue celle du pissenlit, mais les lobes sont moins symétriques et le limbe plus mou, sans latex. De cette rosette s'élève une ou plusieurs tiges grêles, ramifiées, portant des feuilles caulinaires sessiles à base sagittée qui embrassent la tige — détail facile à vérifier en glissant le doigt derrière la feuille. La hauteur varie beaucoup selon les conditions, de quelques centimètres pour les individus écrasés par la sécheresse ou le piétinement jusqu'à quarante ou cinquante centimètres pour ceux qui poussent en sol riche et abrité.
Les fleurs sont minuscules, blanches, à quatre pétales disposés en croix, regroupées en grappes terminales allongées qui s'étirent au fil de la floraison. Elles n'ont rien d'ostentatoire et passent facilement inaperçues. Ce qui retient l'œil, en revanche, ce sont les fruits : des silicules aplaties, triangulaires, échancrées au sommet en forme de cœur renversé ou de petit triangle, portées sur de fins pédicelles étalés. Ces fruits caractéristiques, déjà présents sur les parties basses de la tige pendant que les fleurs s'épanouissent encore au sommet, sont le signe de reconnaissance immédiat de l'espèce. Aucune autre Brassicacée commune ne produit ce type de silicule triangulaire à ce point distinctif.
Dans la nature, sa floraison s'étend de janvier à décembre, ce qui n'est pas une façon de parler. La bourse-à-pasteur est l'une des rares plantes capables de fleurir et de fructifier par des températures proches de zéro, et elle peut accomplir plusieurs générations au cours d'une même année si les conditions le permettent. En hiver doux, on la trouve en fleur dans les coins abrités alors que la végétation environnante est entièrement au repos.
Cette capacité à produire des semences en abondance et presque sans interruption explique son succès planétaire. Une plante peut produire plusieurs milliers de graines, dont certaines sont myrmécochores — transportées par les fourmis, attirées par un appendice huileux attaché à la graine. Les graines peuvent aussi traverser le tube digestif d'oiseaux granivores sans perdre leur pouvoir germinatif, ce qui contribue à leur dispersion à longue distance.
La médecine populaire lui a longtemps accordé des vertus hémostatiques. Des préparations à base de parties aériennes fraîches ou séchées étaient utilisées pour ralentir les saignements dans de nombreuses régions d'Europe, un usage documenté de façon cohérente dans des sources botaniques et ethnobotaniques de plusieurs pays. Les jeunes feuilles de la rosette étaient par ailleurs consommées en salade ou cuites, notamment en période de disette, et cette pratique est attestée jusqu'au début du vingtième siècle dans plusieurs régions françaises.
Au sol, avant que la tige ne se dresse, la rosette hivernal peut prêter à confusion avec celle d'autres Brassicacées ou même avec un jeune pissenlit. L'examen des premières feuilles caulinaires, avec leurs oreillettes embrassantes bien marquées, et surtout la présence de ces silicules triangulaires dès les premiers stades de fructification, lèvent rapidement le doute. C'est une plante qui récompense l'attention portée aux détails les plus modestes.