Campanula rotundifolia
Campanula rotundifolia — campanule à feuilles rondes
Vivace de la famille des Campanulacées, la campanule à feuilles rondes est l'une des espèces du genre les plus largement distribuées dans l'hémisphère nord tempéré, présente depuis les plaines jusqu'aux étages subalpins, de l'Atlantique à la Sibérie. En France, elle est commune dans la majorité des régions, avec une préférence pour les substrats bien drainés, pauvres et souvent acides ou décalcifiés en surface. En Île-de-France, elle est régulièrement signalée sur les pelouses sableuses, les coteaux et les lisières sèches.
Autour de Luzarches, c'est l'une des campanules que l'on a le plus de chances de rencontrer. Les pelouses sur sables et grès, les coteaux calcaires exposés, les bords de chemins forestiers secs aux abords de la forêt de Chantilly, les talus sablonneux et les lisières ouvertes constituent ses habitats de prédilection dans ce secteur. Les photos illustrent bien cette affinité pour les substrats pauvres, pierreux ou sableux à nu, où la plante s'installe parfois en touffes denses dans les espaces que la végétation concurrente n'a pas encore fermés.
Le nom de l'espèce réserve une surprise au botaniste débutant : les feuilles rondes évoquées par rotundifolia sont celles de la rosette basale, effectivement arrondies à réniformes, portées par un long pétiole, et bien visibles sur les photographies de plantules. Mais ces feuilles basales disparaissent généralement avant ou pendant la floraison, laissant sur la tige des feuilles très différentes, linéaires à filiformes, sessiles, qui ne rappellent en rien leur forme initiale. Cette disparition précoce des feuilles rondes est une source de confusion fréquente sur le terrain.
La tige est grêle, souple, souvent légèrement couchée-ascendante à la base, puis dressée, généralement entre 20 et 50 centimètres de hauteur, parfois moins dans les stations très sèches et exposées. Elle porte peu de feuilles, étroites et discrètes. La plante forme souvent des touffes par ses rhizomes rampants, ce qui lui permet de coloniser progressivement les espaces ouverts.
Les fleurs sont pendantes sur de fins pédicelles, en clochettes d'un bleu-violet à lilas, parfois très pâles, rarement blanches. La corolle est peu divisée, tubuleuse-campanulée, avec cinq lobes courts et arrondis qui s'évasent légèrement à l'ouverture sans jamais s'étaler largement — c'est ce port en cloche fermée qui la distingue au premier coup d'œil de la campanule étalée. Les sépales sont linéaires, étalés à réfléchis, séparés à leur base par des appendices bien développés, caractère utile à la loupe pour confirmer l'identification. Le style dépasse de la corolle et se termine par trois stigmates recourbés.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à septembre, parfois jusqu'en octobre dans les stations abritées.
Comme les autres campanules, elle est visitée par des abeilles solitaires du genre Chelostoma, dont certaines espèces sont strictement inféodées aux fleurs de cette famille pour la récolte du pollen. La présence de ces petites abeilles tubicoles, qui nichent dans des tiges creuses ou des trous dans le bois, est donc étroitement liée à celle des campanules dans les milieux ouverts secs. La campanule à feuilles rondes est aussi la plante nationale de l'Écosse — où elle est connue sous le nom de bluebell — bien que ce statut soit parfois contesté en faveur du chardon.