Anagallis tenella

Anagallis tenella Anagallis tenella Anagallis tenella
Anagallis tenella Anagallis tenella

Anagallis tenella, le mouron délicat, est une vivace de la famille des Primulacées. Espèce atlantique et subatlantique, elle est présente principalement dans l'ouest et le nord-ouest de l'Europe, de la péninsule ibérique aux îles Britanniques et jusqu'en Europe centrale de façon plus sporadique. En France, elle est surtout commune dans les régions à influence océanique marquée et devient plus rare et localisée vers l'intérieur du pays, y compris en Île-de-France où elle est considérée comme peu commune et mérite attention dès qu'on la rencontre.

Elle est strictement inféodée aux milieux humides à très humides, sur sols tourbeux, vaseux ou constamment engorgés, pauvres en nutriments et souvent acides. Sources suintantes, bords de ruisselets, zones de décharge d'eau dans les bas-fonds, tourbières de bas-marais et marges de prairies hygrophiles constituent ses habitats. Dans le secteur de Luzarches, ce type de milieu est à rechercher dans les zones de suintements et les prairies humides liées aux sources et aux petits cours d'eau de la vallée de l'Ysieux et de ses affluents. Les photographies montrent une station typique, un mince filet d'eau entre des touffes de joncs et de graminées hygrophiles, où la plante forme un tapis dense et compact au ras du sol.

Le port est rampant et très bas, les tiges filiformes s'étalant sur quelques centimètres de hauteur seulement, formant des coussins denses qui tapissent le sol humide. Les feuilles sont opposées, très petites, arrondies à réniformes, d'un vert tendre brillant, sessiles ou très brièvement pétiolées, d'une texture douce et légèrement charnue. Leur taille et leur forme parfaitement arrondie, évoquant de minuscules pastilles vertes, sont immédiatement reconnaissables et ne ressemblent à aucune autre plante des milieux humides de la région.

Les fleurs sont portées individuellement par de fins pédoncules axillaires dressés, plus longs que les feuilles. Elles sont roses à rose lilas pâle, à cinq pétales étalés, de petite taille mais bien visibles parmi le feuillage. Les photographies montrent ces fleurs éparpillées discrètement au sein du tapis vert, une ou deux à peine visibles par mètre carré de végétation dense.

Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à août.

La présence de cette espèce est un indicateur fiable de la qualité et de l'ancienneté d'un milieu humide. Elle supporte mal les perturbations hydrauliques, le drainage et l'enrichissement en azote, et tend à disparaître rapidement des zones où ces pressions s'exercent. La trouver est donc souvent le signe qu'on se trouve dans un recoin préservé, encore alimenté par une eau propre et peu perturbée. En Île-de-France, où les zones humides ont été massivement drainées et remblayées au cours du vingtième siècle, chaque station connue mérite d'être signalée aux bases de données naturalistes régionales.