Adoxa moschatellina
Adoxa moschatellina — moscatelline — est une vivace discrète et singulière, seule représentante de la famille des Adoxacées, aujourd'hui rattachée par certains systèmes de classification aux Viburnacées. Elle est présente dans toute l'Europe tempérée et boréale, jusqu'en Asie et en Amérique du Nord, mais reste localisée à des milieux bien particuliers. En Île-de-France, elle est signalée dans les massifs forestiers et les vallées humides, sans être commune partout.
Elle recherche les sous-bois frais et ombragés, sur sols humifères riches et bien drainés, souvent en compagnie de l'ail des ours, de l'anémone des bois ou du lierre. Les bords de l'Ysieux et ses berges ombragées constituent un habitat favorable, et les photos montrent effectivement des populations denses en bordure d'un cours d'eau, mêlées à d'autres plantes de sous-bois printanières. Les lisières fraîches de la forêt de Chantilly, sur sol argilo-calcaire, peuvent également l'abriter, mais la localisation précise sur ce territoire mériterait confirmation auprès des bases de données régionales.
La plante ne dépasse guère 5 à 15 centimètres. Elle forme de petits tapis au sol grâce à ses rhizomes rampants et ses stolons, ce que les photos d'ensemble illustrent parfaitement. Les feuilles sont composées, à folioles arrondies et lobées, d'un vert tendre et luisant, évoquant vaguement celles d'une anémone ou d'une petite renoncule, ce qui peut prêter à confusion avant floraison. La tige florale porte une paire de feuilles opposées et se termine par un capitule globuleux d'une architecture tout à fait particulière.
Ce capitule est la marque de fabrique de l'espèce et mérite qu'on s'y arrête. Il regroupe cinq fleurs d'un vert jaune très pâle, presque translucide. La fleur du sommet est à quatre pétales et quatre étamines dédoublées ; les quatre fleurs latérales sont à cinq pétales et cinq étamines dédoublées, orientées chacune vers un point cardinal. Cette disposition en croix, visible sur plusieurs des photos en gros plan, a valu à la plante un ancien surnom anglais de town-hall clock, horloge de mairie, en référence aux cadrans orientés dans quatre directions. La structure florale est si inhabituelle qu'elle a longtemps posé des problèmes de classification aux botanistes.
Dans la nature, sa floraison s'étend de mars à mai, ce qui en fait une des premières plantes à fleurir en sous-bois, souvent dès que les températures remontent légèrement.
Le nom moschatellina et le nom français moscatelline font référence à une légère odeur musquée que dégageraient les fleurs, surtout au moment le plus chaud de la journée. Cette odeur est décrite dans la littérature botanique ancienne, notamment chez Bonnier, mais elle est subtile et pas toujours perceptible sur le terrain selon les conditions. Il serait hasardeux de la mentionner comme critère d'identification fiable sans l'avoir vérifié personnellement.
Sa présence en tapis denses sur les berges photographiées témoigne d'une bonne stabilité du milieu, car cette espèce supporte mal les perturbations répétées du sol et disparaît rapidement des zones remaniées. Elle constitue à ce titre un bon indicateur de la qualité et de l'ancienneté des ripisylves où elle s'installe.