Achillea millefolium
Achillea millefolium — achillée millefeuille — est une vivace de la famille des Astéracées, commune dans toute l'Europe tempérée et présente en France à toutes les altitudes. En Île-de-France, Florif la signale dans la quasi-totalité des mailles, ce qui en fait l'une des plantes les plus constantes du paysage ordinaire.
Elle pousse dans les pelouses sèches, les bords de chemins, les talus, les prairies fauchées ou pâturées, les friches et les coteaux ensoleillés. Autour de Luzarches, on la rencontre facilement le long des chemins agricoles, sur les coteaux calcaires exposés au sud, et en bordure des zones herbeuses qui longent les lisières. Elle supporte bien les sols pauvres et les espaces régulièrement perturbés, et peut former des tapis denses reconnaissables avant même la floraison.
La plante atteint généralement entre 30 et 60 centimètres, parfois davantage en conditions favorables. La tige est dressée, ferme, couverte d'un fin duvet blanchâtre visible à l'œil nu. Les feuilles sont ce qui frappe en premier hors floraison : elles sont découpées en une multitude de petits segments disposés comme les barbes d'une plume, eux-mêmes subdivisés, ce qui leur donne un aspect finement ciselé, presque plumeux, d'un vert gris assez caractéristique. Cette texture dense et douce est reconnaissable immédiatement au toucher comme à la vue. Froissée entre les doigts, la feuille dégage une odeur aromatique prononcée, légèrement camphrée, qui lève le moindre doute d'identification.
Les fleurs sont réunies en corymbes aplatis au sommet des tiges, formant une surface presque plane qui ressemble de loin à une ombelle mais n'en est pas une. Chaque petit capitule, typique des Astéracées, porte en périphérie quatre à six fleurs ligulées à pétales arrondis, et au centre un bouquet serré de fleurs tubulées. La couleur habituellement décrite est le blanc, mais l'espèce est remarquablement variable. On passe sans transition d'un blanc pur à un blanc rosé, puis à un rose soutenu et jusqu'à un violet assez franc, parfois sur des individus voisins dans le même talus. Cette variabilité est naturelle et bien documentée et n'indique pas une espèce différente.
Dans la nature, sa floraison s'étend de juin à octobre, avec un pic en juillet et août, ce qui en fait l'une des rares plantes à tenir longtemps en fleur dans les milieux secs où elle s'installe.
Le nom du genre renvoie à Achille, héros de la guerre de Troie, à qui la tradition antique attribuait l'usage de cette plante pour étancher le sang des blessures. Cet usage hémostatique est mentionné par Dioscoride et repris tout au long du Moyen Âge. La médecine populaire lui a longtemps accordé des vertus hémostatiques et anti-inflammatoires, transmises de génération en génération bien au-delà du monde savant. L'un de ses noms anciens, herbe aux charpentiers, témoigne de cette réputation persistante dans les campagnes européennes.
Sur le plan écologique, les corymbes aplatis constituent une plateforme d'atterrissage idéale pour une grande diversité d'insectes à courte trompe, incapables d'atteindre le nectar des fleurs tubulaires profondes. On y observe régulièrement des coléoptères, des mouches, des petits hyménoptères et des papillons diurnes, ce qui fait de chaque touffe en fleur un point d'observation entomologique à part entière.